La France se dote d’une feuille de route énergétique pour 2026-2035, et c’est le début des ennuis pour le gouvernement
Après trois ans de débats houleux et de reports successifs, le gouvernement français a enfin dévoilé le troisième Programme Pluriannuel de l’Énergie (PPE3) , qui fixe la stratégie énergétique de la France pour la décennie 2026‑2035. Le document, salué par les industriels du secteur, a aussitôt provoqué une levée de boucliers à l’extrême gauche et à l’extrême droite, qui ont déposé des motions de censure contre le gouvernement. Si ces motions ont été rejetées, le texte cristallise néanmoins les contradictions françaises sur le chemin de la neutralité carbone.
Le PPE3 fixe des objectifs clairs : développer massivement le nucléaire, le solaire et l’éolien offshore d’ici 2035 pour tracer une voie vers la neutralité carbone en 2050. Concrètement, le gouvernement mise sur la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, le déploiement de 40 GW de solaire photovoltaïque et l’installation de 12 GW d’éoliennes en mer. L’ambition est louable, mais l’addition est salée : le coût total du programme est estimé à plus de 200 milliards d’euros sur dix ans.
Les critiques fusent de toutes parts
À gauche, La France insoumise a dénoncé un plan « climaticide » qui ne rompt pas assez avec le nucléaire et l’industrie fossile. Jean‑Luc Mélenchon, fraîchement déclaré candidat à la présidentielle de 2027, a jugé que le PPE3 « brade l’avenir des générations futures au profit des lobbies de l’atome ». À droite, le Rassemblement national a fustigé un projet « hors sol » imposé par Bruxelles et jugé irréaliste sur le plan industriel et financier. Marine Le Pen a promis, si elle est élue, d’« annuler purement et simplement ce texte anti‑social » et de réorienter la politique énergétique vers un « patriotisme écologique ».
Entre les deux, la macronie tente de convaincre. « Nous n’avons pas le choix », a martelé le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en présentant le projet en conférence de presse. « Face à la guerre en Ukraine, face à la flambée des prix de l’énergie, notre souveraineté énergétique est un impératif de sécurité nationale. Le PPE3 est la boussole qui nous permettra d’y parvenir. » Mais le message peine à passer dans l’opinion, alors que le pays sort d’un hiver marqué par des tensions sur les prix du gaz et de l’électricité.
Le spectre de la crise des « gilets jaunes »
Le souvenir des manifestations des gilets jaunes est encore vif dans les mémoires du gouvernement. Pour éviter un nouveau cycle de contestation sociale, l’exécutif a accompagné le PPE3 de mesures de compensation financière pour les ménages modestes, notamment un chèque énergie exceptionnel de 200 euros et un bouclier tarifaire maintenu jusqu’en 2027. Des associations de consommateurs jugent ces mesures insuffisantes et redoutent un « décrochage » des classes populaires.
Les prochains mois seront décisifs pour la mise en œuvre du PPE3. Alors que l’Europe est confrontée à une guerre aux portes de l’Est et à une concurrence acharnée avec les États‑Unis et la Chine sur les technologies vertes, la France parie sur le nucléaire et les énergies renouvelables pour préserver son rang. Le pari est risqué, mais les défis climatiques et géopolitiques ne laissent guère d’alternative.
Sources & références:
Programme Pluriannuel de l’Énergie (PPE3) – Ministère de la Transition écologique, 13 février 2026. statistiques.developpement-durable.gouv.fr
“Le PP3 dope les énergies renouvelables et le nucléaire”, Connaissance des Énergies, 14 février 2026. connaissancedesenergies.org
“French parliament rejects no-confidence motions against government’s energy plan”, Xinhua, 26 février 2026. english.news.cn
“Third energy plan: for the SNU, a ‘déni de démocratie'”, Actu‑Environnement, 24 février 2026. actu-environnement.com
Assemblée nationale, Compte rendu de la séance du 25 février 2026 – Rejet des motions de censure

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